Sélectionner une page

Ne pas s’épiler : le jour où j’ai (enfin) assumé mes poils

Ne pas s’épiler est aujourd’hui un acte qui va à l’encontre des codes instaurés par nos sociétés. Pour la première fois de ma vie de femme, j’ai refusé de me plier à l’injonction sociale qu’est l’épilation. Je me suis rendue à un mariage sans avoir les jambes épilées. Un véritable challenge après plusieurs mois de réflexion sur le vaste sujet qu’est l’épilation.

Ne pas s'épiler

Pourquoi ne pas s’épiler : les poils sont nos amis

Ne pas s’épiler pour notre santé

C’est peut-être la première raison qui devrait pousser un individu à s’épiler ou non. La nature ne laisse rien au hasard, et nos poils ne sont pas là simplement pour nous gâcher la vie. Leur rôle principal est de réguler le taux d’humidité de la peau, permettant ainsi de la protéger du dessèchement. En effet, lorsque nous transpirons, l’humidité que notre corps sécrète est en partie absorbée par les poils. Cela évite ainsi que cela finisse sur le tee-shirt avec de jolies auréoles. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les poils permettent aussi de diminuer les odeurs de transpiration. Autre capacité non négligeable, les poils sont dotés de terminaisons nerveuses qui nous permettent de mieux appréhender ce que nous touchons, comme les caresses par exemple.

S’épiler pour soi ou pour les autres ?

Ces derniers mois, à chaque fois que je sortais l’épilateur électrique, j’avais l’impression de sentir mon corps se crisper. « Il faut souffrir pour être belle », mais d’abord, c’est quoi être belle ? Est-ce que se sentir bien dans sa peau ne devrait pas être une priorité ? Pourquoi, ou plutôt pour qui est-ce que nous nous épilons ? La plupart du temps, on ne le fait pas pour soi, mais pour les autres. Je m’épile car j’ai honte de mes poils. Je m’épile car je ressens le besoin de me conformer aux normes de beauté martelées par la société.

L’épilation, souffrance inutile ?

Mais je n’aime pas non plus mes jambes couvertes de points rouges, conséquence directe de l’épilation. S’épiler n’est pas une partie de plaisir. L’épilation reste un acte traumatisant pour la peau, quel que soit l’endroit. Lorsque je me suis rendue compte je n’étais plus « ok » avec le fait d’avoir mal pour un acte qui ne m’apportait rien, j’ai décidé d’arrêter. Personne ne devrait souffrir pour les autres, et encore moins lorsqu’il s’agit d’injonctions sociétales telles que l’épilation.

Ne pas s’épiler : un acte féministe ?

Ne pas s'épiler

Les poils nous racontent

Les poils font partie de notre corps. Les femmes portent aujourd’hui le poids de plusieurs dizaines d’années de conditionnement à l’épilation. Leur corps se doit d’être lisse et sans imperfection. Sauf que notre corps vit, grandit, expérimente. Notre corps raconte notre histoire. Il raconte nos origines et témoigne de nos ancêtres. Un corps parfait, épilé, pourrait paraître inerte, presque déshumanisé.

Épilation et liberté

Certaines personnes ont même l’impression que l’épilation découle de leur propre choix, alors qu’il résulte de dizaines d’années de matraquage de jambes lisses et sans défaut. Notre esprit est obnubilé par l’image de la femme parfaite véhiculée par les médias et la société. Lorsque l’épilation n’est pas un choix, elle est un acte de soumission à la société patriarcale qui domine aujourd’hui. Car oui, la plupart du temps, l’épilation est la résultante de contraintes extérieures exercées sur les femmes.

Accepter sa sexualité

Outre le fait que les poils sécrètent des phéromones qui suscite l’attirance, ils sont aussi synonyme de maturité sexuelle. Les poils symbolise le passage à l’âge adulte, l’ouverture à la sexualité. Le poil suggère, érotise les corps. Il nous rappelle que nous sommes avant tout issu du monde sauvage. De ce fait, l’épilation pourrait presque s’apparenter à un rejet de nos origines, voire de notre propre sexualité.

Le marketing de l’épilation

Quid du marketing dans tout ça ? Rasoirs, crèmes dépilatoires, épilateurs, etc. autant de produits supposés ne vouloir que notre bonheur. Sauf qu’au final, les publicitaires prennent tout simplement le contrôle sur notre propre corps. Sans oublier que la plupart du temps, ces produits sont genrés, accentuant d’autant plus l’ascendance de l’homme sur la femme.

L’épilation et le poids du regard des autres

Ne pas s'épiler

Ne pas s’épiler pour un mariage

Pour toutes ces raisons, j’ai arrêté de m’épiler les jambes. Cela fait aujourd’hui plusieurs mois qu’elles ne sont ni lisses, ni parfaites. Mais cela fait aussi plusieurs mois que je suis plus en adéquation avec les valeurs que je souhaite incarner. J’accepte mes jambes ainsi, même si je ne les assume pas encore complètement. C’est dans cette démarche que je me suis rendue à un mariage sans m’être épilée les jambes. Je portais une jupe mi-longue (courageuse mais pas trop…), dévoilant ainsi mes poils. Pour être honnête, je n’étais clairement pas à l’aise. J’avais l’impression que tout le monde ne voyait que mes poils, alors qu’en vrai, on s’en fout.

Ne pas s’épiler pour susciter le débat

Le premier verre de champagne m’a aidée à me détendre. Assumer ses poils permet aussi de susciter les discussions sur le sujet. Avoir les jambes lisses est tellement acquis que lorsque ce n’est pas le cas, le regard s’y accroche et juge. À nous d’ouvrir un espace de discussion lorsque c’est possible. L’épilation doit redevenir un choix, et non un acte conditionné par la pression sociale. Les femmes, comme les hommes, doivent se sentir libres de décider de ce qu’ils font de leur corps.

Sororité et tolérance

Dans cette démarche vers la libération des dictats de l’épilation, il me paraît primordial que les femmes s’entraident. La sororité doit prendre le pas sur la compétition entre femmes. Nous devons nous encourager mutuellement dans cette démarche, se prendre par la main, chacune. La beauté ne passe pas par l’épilation, mais par la libération et l’acceptation de soi.

Et les hommes dans tout ça ?

Si la femme est la cible principale de l’épilation, la problématique existe aussi chez les hommes. Pour un homme, le poil est associé à la force et à la virilité. Un poids non négligeable qui peut générer de nombreux complexes. Tout comme chez les femmes, l’épilation ou la non-épilation devrait être un choix fait en conscience et en toute liberté.

Le sujet de l’épilation n’est en réalité qu’une toute petite partie du débat de l’acceptation de soi. Aujourd’hui, nous sommes tellement connectés que nous nous déconnectons de nos propres corps. Notre esprit est assailli d’images retravaillées qui font que nous ne nous acceptons plus tel(le)s que nous sommes. Alors qu’au final, nos corps évoluent, grandissent, vieillissent, et font que nous sommes vivants. Dire non à l’épilation est, pour moi, un premier pas vers cette reconnexion.

Acceptons-nous tel(le)s que nous sommes. Notre richesse est notre diversité, alors libérons nos corps !

Plus d'articles

Ishmaël, le conte philosophique de Daniel Quinn

Ishmaël, le conte philosophique de Daniel Quinn

Comment sauver le monde ? C'est la question que pose Daniel Quinn dans son livre Ishmaël. Publié en 1992, il relate les discussions entre un homme et un gorille. Profond, sincère et parfois drôle, il interroge sur la relation...

lire plus